
À toujours parler de ce qui est visible, on finit par passer complètement à côté de ce qui ne l'est pas. Surtout, à vrai dire, ce qui est précisément défini par son invisibilité !
Le bling-bling et le culte du matériel suscitent des critiques, et ce faisant attirent encore plus l'attention. Pourtant, de façon insidieuse, l'attitude inverse (un rapport outrageusement complexé à l'argent) peut être tout aussi néfaste voire dangereuse au quotidien.
Il y a quelques années, j'ai eu une première expérience entrepreneuriale comme traducteur et rédacteur. Disons-le tout net, si j'étais bon et même plus dans mon cœur de métier, j'étais en revanche à l'époque bien moins au point sur le côté commercial qui va de pair avec le statut d'entrepreneur individuel... Mais c'est un (presque) tout autre sujet.
Bref, avec des années de recul, j'ai récemment repensé à cette période de ma vie et ai pris conscience d'une autre clé qui m'avait terriblement manquée à l'époque : avoir un véritable rapport « professionnel » à l'argent.
Attention, je ne parle pas de devenir expert en finances : tout le monde n'est pas fait pour ça et tout le monde n'y a pas forcément le goût (loin s'en faut).
Je ne parle pas non plus de faire attention à la séparation entre compte perso et compte professionnel (distinction cruciale dans certains contextes, mais qui ne porte qu'à peu de conséquences dans le cadre une entreprise individuelle où les patrimoines se confondent).
Non, ce dont je parle, c'est de savoir séparer ses échelles de valeurs entre dépenses privées et pro.
« Un sou est un sou » : quand on a grandi dans un milieu où chaque euro compte et où l'on ne fait ses courses du quotidien qu'en comparant et en arbitrant, difficile de se débarrasser de ce réflexe. Les sommes qu'on hésiterait à mettre (même de façon exceptionnelle) pour le quotidien ou a fortiori pour les loisirs tendent à s'ancrer comme autant de repères absolus, inamovibles, structurants même.
C'est là précisément un écueil dont il convient de se méfier : celui qui consiste à ne pas faire la part des choses entre une dépense et un investissement.
C'est notamment le cas dès qu'il est question de matériel ou de logiciels, d'abonnements ou souscriptions divers, mais aussi de formations ou encore d'événements pouvant donner l'occasion de rencontres utiles pour le réseau.
Et c'est là qu'il faut se méfier de ses réflexes ou de ses intuitions : non, il n'y a rien de contradictoire à rogner à l'euro près sur ses abonnements téléphone, son plein de carburant ou ses dépenses alimentaires mais dans le même temps à en dépenser des centaines en abonnements, outils ou souscriptions divers. Tout est une question d'arbitrages, plus que de cohérence arithmétique.
Parce qu'au final, un excès de prudence, c'est ce qui ressemble le plus à une occasion manquée : à se focaliser sur les chiffres plus que sur la vue d'ensemble et les perspectives qui se présentent, on prend le risque de s'empêcher d'évoluer.
Autrement dit, à craindre l'indécence d'une dépense qui nous paraît démesurée, on prend le risque de signer sa propre obsolescence.
Cette évolution du rapport à l'argent, je le considère pour ma part comme un élément décisif de ce qu'on appelle le « mindset » : si cette question n'est pas réglée, de nombreux obstacles s'accumulent.
Histoire de rationaliser la question, je propose de se poser les trois questions suivantes concernant la dépense envisagée :
- Est-elle sans danger sur le plan strictement comptable ?
- Offre-t-elle potentiellement une plus-value opérationnelle par rapport aux autres options moins coûteuses ?
- S'inscrit-elle de façon cohérente dans le long terme de mon activité ?
→ Si la réponse est « oui » aux trois questions, alors pas de doute : on parle non seulement d'un investissement mais d'un investissement potentiellement viable et sans danger (sans danger ne voulant pas forcément dire sans douleur).